Troisième et dernière partie d’un article signé de Pierre Goursat sur l’exercice de la charité, paru dans Il est vivant! au mois de juillet 1978. Le fondateur de l’Emmanuel y expose la seule règle qu’il avait proposé à la Communauté : ne pas critiquer, « même en plaisantant ». C’est une réflexion publiée dans un contexte particulier, à une époque où les groupes de prières sont l’objet de nombreuses critiques et de turbulences (pour les autres parties : première partie – deuxième partie).
Se réjouir des grâces que reçoivent les autres
Alors nous ne sommes plus tentés, comme les apôtres avant la Passion, de chercher à savoir « lequel d’entre eux est le plus grand ? » (Lc 22, 24), quelle communauté a la préférence de Dieu. Au contraire, nous nous réjouissons avec chacun d’eux des grâces que le Seigneur leur donne, de ce qu’Il accomplit en eux et à travers eux. Cette joie rayonne autour de nous, devient communicative,… et c’est un soulagement de reconnaître que chaque communauté, chaque “ berger ” est béni du Seigneur d’une façon particulière, dans la vocation propre.
L’unité dans la diversité
Si nous nous ouvrons largement aux grâces que le Seigneur donne aux autres communautés, ces grâces rejaillissent alors sur nous et nous enrichissent par la même occasion. La diversité des dons renforce l’unité du corps. Nous avons pu en faire l’expérience au cours du grand rassemblement de Pentecôte, l’an dernier à Lyon : chacune de nos communautés a reçu du Seigneur cette grâce de respecter et d’aimer les autres communautés telles qu’elles étaient, selon leur appel spécifique, selon leur vocation propre. Ainsi l’unité est devenue plus profonde et plus vraie entre nous ; car dans l’Esprit Saint, les différences se transforment en richesses, la diversité en complémentarité.
Ceux qui, cette année, ont eu la chance d’assister à des rassemblements régionaux, ont découvert, avec une acuité nouvelle, comment, partout, c’est le même Esprit qui est à l’oeuvre, agissant avec puissance, mais de façon très diverse selon les tempéraments, les sensibilités spirituelles et la physionomie des différents groupes de prière. Nous ne cherchons plus à épier du coin de l’œil qui, de nous, aura la plus grande part dans le gâteau du Seigneur ; nous savons bien que ce gâteau est inépuisable et que chacune de nos communautés a droit à la plus grande part…
Nous connaissons nos limites
Nous connaissons nos limites, et nous savons bien que ce n’est pas du jour au lendemain que nous serons guéris de nos mauvaises habitudes de critiquer, que nous serons capables de mettre un frein à notre langue et de vivre pleinement cette attitude de bienveillance à l’égard de chacun, entre communautés aussi. Mais si vraiment, nous désirons passer de la théorie à la pratique, des intentions aux actes, pourquoi ne pas nous engager les uns envers les autres à ne plus nous critiquer ?
Nous engager à ne plus critiquer
Voici, à titre d’exemple, une liste de points concrets, dont chacun pourra s’inspirer :
- ne pas critiquer un frère ou une communauté, même en plaisantant ;
- quand quelque chose ne va pas dans ma communauté :
1) me considérer comme responsable et prier pour que cela s’améliore ;
2) ne pas parler à des personnes que je risquerais de troubler inutilement, sans régler le problème de fond ;
3) prier pour savoir à qui parler, le moment de le faire, et ce qu’il est bon de dire.
- Si, une fois ou l’autre, je me laisse à nouveau aller à la critique, écrire aux frères concernés ou à la communauté pour lui demander pardon, qu’il soit ou non au courant de cette critique. Tous ceux d’entre nous qui désirent prendre cet engagement, pourraient le faire après une neuvaine préparatoire, pour demander à l’Esprit Purificateur de changer notre cœur, de changer notre regard sur nos frères.
« Pardonnez-vous l’un à l’autre si vous avez entre vous quelque différend. Comme le Seigneur vous a pardonné, vous aussi, pardonnez. Mais par-dessus tout cela, ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Que la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos cœurs. » (Col 3, 13-15).

Un très bel enseignement qui doit fonder notre vie chrétienne. Si dans toute communauté humaine on peut vivre ces recommandations, notre monde ne sera pas ce qu’il est aujourd’hui. Merci Seigneur pour ton serviteur Pierre Goursat et pour ta richesse qu’il continue à nous transmetre.